Simondon, indétermination, concrétisation, évolution.

La biologie est très souvent absente des commentaires sur Simondon, et quand ils existent, c’est pour dénigrer les lacunes de l’auteur en biologie moléculaire, ou pour mentionner qu’il n’aurait lu qu’Étienne Rabaud.

Effectivement, Simondon a lu ce biologiste, et il faut avoir cela en tête quand on fait une analyse de MEOT2. Étienne Rabaud est l’auteur d’un essai intitulé « L’adaptation et l’évolution », ouvrage critique des théories de Lamarck et de Darwin. L’adaptation est un ajustement de l’être vivant à l’environnement ; l’évolution sa capacité à se transformer.

Dans le Lamarckisme, l’environnement détermine la forme ; dans le Darwinisme, l’environnement sélectionne la forme. Dans le premier cas il y a une causalité (l’environnement est la cause), dans le second une téléologie (la forme est créée pour un environnement). Dans les deux cas l’environnement détermine la forme. Ces deux vues appartiennent au schéma hylémorphique d’Aristote, l’environnement est la forme imposée.

Comment alors expliquer l’évolution?

L’évolution ne se définit pas par l’adaptation, mais par l’adaptabilité (ou encore l’évolvabilité, evolvability en anglais), c’est-à-dire une capacité à s’adapter à des environnements différents, à de nouvelles conditions. Si les conditions environnementales changent brutalement, l’adaptation, phénomène lent, ne peut prendre place, la forme est supprimée. L’adaptabilité nécessite donc des capacités à faire face à des situations inédites. Si l’adaptation est déterminée, l’adaptabilité est indéterminée.

Bergson a doté la matière d’une volonté, d’une détermination à vivre, l’élan vital, le vitalisme.

Pour Simondon, pas plus l’élan vital de Bergson, « notion excellente pour montrer ce qui manque à la notion d’adaptation, mais qui ne s’accorde pas avec elle », que l’adaptation de Darwin, établissement d’un équilibre, ne peuvent expliquer l’évolution.

Pour l’expliquer, il crée le concept d’individuation, concept qui remet en question les notions aristotéliciennes de causalité et de finalité. L’évolution n’est ni la volonté de la matière à évoluer, ni le résultat d’une forme imposée de l’extérieur, ni l’équilibre entre modification interne et crible externe, mais est le devenir d’un système métastable soumis à des contraintes.

L’évolution est le résultat d’interactions entre une matière affectée par des mutations et des rencontres aléatoires, et un environnement en perpétuel changement, changement auquel la matiére participe, (par ex.: l’oxygénation de l’atmosphère par les cyanobactéries il y a 3,1 milliards d’années).

Globalement, l’évolution n’est pas déterminée. Globalement parce que ce sont les propriétés des particules élémentaires qui déterminent la formation des atomes, leur confèrent leurs propriétés ; propriétés qui à leur tour dirigent la formation des molécules, etc.. Mais ces propriétés ne s’expriment que dans des conditions données ; les rencontres entre molécules, macromolécules, etc. sont aléatoires, et le nombre de possibilités d’interactions devient vite infini. Cette non finitude crée une indétermination.

Certaines combinaisons font cependant apparaître des systèmes qui se reproduisent. Qui dit reproduction dit information, mécanisme et détermination. Un pur mécanisme est voué à disparaître ; pour que la reproduction puisse perdurer, il est nécessaire d’y associer une part d’indétermination.

L’adaptabilité est le fruit de cette indétermination. Ainsi, chez les bactéries existent des gènes mutateurs qui produisent des mutations aléatoires, ces mutations générées de façon constante créent la possibilité d’adaptation à un environnement inconnu.

L’évolution a donc sélectionné un mécanisme déterministe pour générer une indétermination, et c’est cette indétermination qui engendre statistiquement l’adaptation.

Les êtres vivants sont pour Simondon les machines concrètes les plus évoluées. Il est possible de penser que la notion d’indétermination qu’il relie à la concrétisation des objets techniques tire son origine de l’observation des êtres biologiques.

1 – Cette note est à l’origine un commentaire de l’article de Yuk Hui : Qu’est-ce que la « marge d’indétermination »paru dans Implications philosophiques du 24 novembre 2016.

2 – Étienne Rabaud, L’adaptation et l’évolution, Étienne Chiron, Paris 1922.

https://ia600505.us.archive.org/28/items/EtienneRabaudLadaptationEtLvolution1922/Rabaud_AE.pdf

3 – Gilbert Simondon, Du mode d’existence des objets techniques, Paris, Aubier, 1958 (MEOT).

L’information

 

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Greg Montani Bouclier route Namibie panneau d’information https://pixabay.com/photo-864746/

L’information est un concept polysémique. D’où vient-il? Quelles sont ses multiples acceptions? C’est ce que tente de définir cet article.

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La vie est relations ou les concepts de Simondon confrontés à la Biologie Moléculaire de l’ADN

DNA is not just a code, it is also a set of potentials, which can unfold in various directions, and which do not attain form except in the actual process of unfolding.

« The Pinocchio theory »

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Objets techniques de nature biologique, l’ATPase qui produit de l’ATP, le moteur flagellaire qui fait tourner le flagelle, détail de ce moteur à proton et objet technique produit de l’industrie (un artéfact), un moteur électrique. L’identité, mise à part l’échelle, est frappante.

Machines biologiques et artéfacts sont de même nature, même si leurs modes d’élaboration et la nature de leur constituants diffèrent. Ils présentent une même  forme d’individuation. Il n’est plus possible de dire comme Jacques Monod en 1970 :  « La distinction entre objets artificiels et objets naturels paraît à chacun de nous immédiate et sans ambiguïté. Rocher, montagne, fleuve ou nuage sont des objets naturels; un couteau, un mouchoir, une automobile, sont des objets artificiels, des artefacts. » J. Monod, Le Hasard et la nécessité, Paris, éd. du Seuil, 1970 p. 11.

Étudier l’ADN, sa structure, son évolution chez les procaryotes, à l’aide de notions et de concepts déduits de l’étude « du mode d’individuation des objets techniques » de Gilbert Simondon, permet de montrer que l’évolution et l’intégration des éléments bactériens peuvent s’appréhender de façon identique à celles des objets techniques, et que la spécificité du vivant est attribuable à la capacité de l’ADN à faire système avec les constituants cellulaires dans des environnements changeants.

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Histones : Peptides antimicrobiens

Cet article fait le point sur l’activité antimicrobienne des histones chez différentes espèces.

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Végétation du Loc’h Louriec

 

3 – Topologie de l’ADN et topoisomérases, ces enzymes chez Chlamydomonas reinhardtii

Cet article (partie III) fait le point sur la topologie de l’ADN et sur les topoisomérases qui sont  responsables de cette topologie, et sur leur existence chez Chlamydomonas reinhardtii.

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Bords du Loc’h ar Guer

2 – Endosymbiose et réplication de l’ADN chloroplastique

 

Cet article (Partie II) fait le point en 2015 sur l’endosymbiose, sur le résultats du séquençage des trois ADN, nucléaire, chloroplastique et mitochondriale et leurs interprétations et sur l’élucidation des facteurs qui dirigent la réplication du chromoïde chloroplastique.

Partie_II

 

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Photographie prise entre la Pointe de Rospico et Port Manec’h

1 – Commencement

 

Cette partie (I) retrace une aventure, l’entrée dans le monde de la recherche, les conditions qui la permettent, l’exposé du thème, le travail  et les résultats obtenus, les perspectives offertes.  Les articles suivants font le point 35 ans aprés sur les recherches ouvertes.

Partie_I

 

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Chemin le long du Loc’h Coziou